mercredi 30 septembre 2015

La senteur des reins


Quand tu dors à plat ventre et tes yeux sur tes mains
Je relève ta chevelure de sorcière
Qui voile, comme un bois funèbre les chemins,
Ton corps de boue obscène et de basse poussière.

Au fond des reins creusés en selle pour Satan
La rainure de tes vertèbres se prolonge
C’est là que lasse d’être, et d’avoir souffert tant,
Ma face, avec une fureur farouche, plonge.



Oh! quelle odeur de chair et de rut convulsif
Croupit au creux des reins sous qui ronfle le sperme
Ma bouche sur tes os postérieurs se ferme,

Et je froisse à ta peau mon visage lascif
Qui hume en râlant comme un éphèbe impubère
Ô femme! l’âcreté de ton odeur lombaire!

Pierre Louÿs 

illustration Sophie Sainrapt

Sophie Saint Rapt outre Pierre Louÿs a illustré Arrabal, Renée Vivien, Georges Bataille et Verlaine.


mardi 29 septembre 2015

J'ai passé des milliers d'heures à ouvrir des jambes fraîches

C'est pour lire ce palimpseste, pour le revoir en moi,  dans ma mémoire, dans mes rêves,  que j'ai passé des milliers d'heures à ouvrir des jambes fraîches.

L'image serait incomplète si elle ne s'augmentait du jeu de la bouche, de la langue, des lèvres aux lèvres et aux sucs ouverts là. M'enfouir, mieux encore par le souffle et par la salive heureuse. Et fouiller. Fouir. De vieux mots. Je vois le cochon  creuser du groin noir où la truffe répand son odeur. Quelqu'un  tremble et crie. L'odeur est encore miel âcre, thym chauffé à l'air d'été, remugle de mer ; et parfois précis, entêtant jusqu'au vertige

Monsieur de Jacques Chessex

Elle s'appelait Léa. La nuit, le jour, Fribourg bruissait autour de nous et m'envahissait de son secret multiple. Catholica urbs per excellentiam! Et le bourdonnement des messes avec leurs chants m'envoûtait , et l'odeur de l'encens froid à l'aube dans l'église où Léa m'entraînait répondait à l'odeur entre ses cuisses toute la nuit. L'encens avec sa persistance d'Orient sucré et de parenté sexuelle qui m'attirait.

Elle se mettait nue et disait :
- Viens respirer, viens sentir la bonne odeur entre les jambes de Léa. Colle ton visage à mon con, petit, et respire les parfums de ta maitresse. (...)

J'ai mangé l'odeur catholique de Léa. J'ai dévoré des odeurs protestantes, des odeurs hérétiques, des odeurs arabes, des odeurs sectaires. Un long temps j'ai accédé à l'odeur inspirée et spirituelle. Une seule fois à l'odeur américaine.

Monsieur

Elle s'est assise au bord du lit, les jambes serrées, tout de suite (évidemment) les jambes ouvertes, comme au Barën la première fois, elle me regarde.

- A genoux, Vincent. Là. Devant moi.

Morgane je ne sais rien de toi (...) Vous vous ouvrez et je vous regarde. Vous vous êtes lentement ouvertes et je vous regarde, je dévisage la splendeur rose, j'approche mon visage entre vos cuisses, j'approche, je dépose un baiser dans l’entrebâillement du sexe et vous pressez doucement ma tête en vous et vous appuyer et je palpe ma bouche en vous et ma langue fouille en vous et votre ventre se tend et vibre et palpite contre mon front, et vos cuisses sont fraîches à mes tempes, et ma main qui presse votre dos remonte vers le creux des reins tièdes et moites.

Morgane madrigal

Il y a l'autre bouche de nuit sous ses lèvres souples et brûlantes. Sa salive est plus épaisse, un  suc, un lait dans les plis, la douceur de ce lait baigne tendrement cette bouche lisse et rose au centre des colonnes satinées, sous les boucles et les moelleuses babines. Elle est secrète, on la caresse, elle pleure, on l'ouvre, on la tient fermée sous les lèvres

Carabas 

Un moment, comme j'enduisais ces lieux de salive, les mots du cardinal Journet me traversèrent l'âme. "On peut baver sur des splendeurs".
Jonas 

— Jonathan ! Jonathan ! Alors tu es sourd Jonathan !

C’est la voix de Mlle Eva. Celle qui est blanche, les poils noirs, on lui voit tout dans la fente.

— J’arrive, j’arrive (pardonnez-moi de vous abandonner, je vous rejoins à l’instant), je cours à vous mademoiselle Eva. Je suis déjà à vos genoux !

Et à vos genoux, c’est bien dire. Quand je suis auprès de Mlle Eva je dois toujours m’agenouiller et la servir pour des petites choses, coller un sparadrap sur la cuisse, à l’intérieur, où c’est lisse, étancher le sang d’une griffure, presser un bouton sur sa hanche. Donc je suis à genoux, Mlle Eva est assise les jambes ouvertes au bord du lit au-dessus de moi, elle halète déjà, on voit la fente noire et rose qui se met à luire entre les cuisses blanches.

Voilà j’ai fini mon service auprès de Mlle Eva, je reviens, je vous retrouve avec plaisir. Permettez seulement que je me rince la bouche et que je me savonne les doigts. Si vous n’étiez pas là, je ne le ferais pas. J’aime bien garder l’odeur sur moi. Voilà. Voilà.


Le portier 

L'imagination est la rosée du réel. Il y avait une fois un garçon qui connaissais mieux son bien depuis  l'instant, dans la partie la plus secrète d'un jardin, où il s'était immergé dans le respirable.

Monsieur

Illustration : May den Engelsen

Les quatre lèvres

Les quatre lèvres est un poème de Jacques Chessex, poète et écrivain.
Les illustrations japonaises viennent d'un lien avec le cabinotier qui nous propose ses billets quotidiens depuis tant d'années.

J'ai laissé le mensonger laurier
J'ai aimé les quatre lèvres plus que ses pièges
J'ai tenu aux quatre lèvres
Plus qu'à la renommée aux dix mille bouches
 

J'ai laissé le laurier aux impatients
Avec zèle j'ai cultivé les quatre lèvres
pour la joie de ma bouche et de mes lèvres
Pour la forme de mes mains et de mes doigts
Avec patience et pratiquement
J'ai cultivé leur hospitalité
J'ai étudié leurs mœurs j'ai choyé
J'ai révéré leur volonté





J'ai cultivé les quatre lèvres
Comme on aime la voix des anges
J'ai aimé leur forme et leur parfum
comme on chante avec les anges


J'ai bu à leur rosée céleste et terrestre
Si les anges annoncent l'autre monde
dans ce monde
J'ai bu à la pluie céleste avec leur eau
J'ai touché l'herbe d'ailleurs
J'ai caressé la rive du ciel à leur peau
Pour leur seule gloire

j'ai laissé la gloire de l'heure

J'ai tenu aux quatre lèvres plus qu'à ces leurres
Leur lait venait de plus loin en elles

que toute leur
Bouche
Leur odeur plus douce en elles que la
Caverne
En elles je mangeais le fruit de l'Arbre

et je ne le mangeais pas
Et ma faim sans répit renaissait

de ce repas
Ma soif s'avivait de se rassasier à leurs appas
En elles je ne mangeais pas le fruit à mesure

que je le mangeais
Je le voulais comme au
Jardin

le sachant fruit plus secret 0 lèvres dans le suc des siècles me fuyant






Et je les chérissais les quatre ensemble

les louant
Dans ma bouche de poète et dans ma bouche aussi

de mourant
Si l'ange en pulpe en peau moirée
Toujours luit de ses seules larmes sous son
Ombre

lundi 28 septembre 2015

Cunt Paintings

Après avoir écrit un billet sur le blâme de Gustave Flaubert pour excès de réalisme je bascule du XIXème au XXième siècle avec  Betty Tompkins.






vendredi 25 septembre 2015

Emma ! Emma !

Faut-il tout dire ou laisser l'imagination jouer avec nos sens? La plus érotique des scènes de sexe n'est-elle pas la scène de la clairière de Madame Bovary? Gustave Flaubert écrit le premier rapport sexuel entre Emma Bovary et Rodolphe. Cette première fois où son corps de femme connaitra la jouissance et lui permettra de dire J'ai un amant ! un amant !

L'ellipse érotique n'empêche pas le livre d'être blâmé pour excès de réalisme.


Comme cet excès n'existe plus, je peux imaginer Rodolphe embrassant goulument le sexe inondé de  la belle Emma : n'a-t-il pas claqué la langue, et la mousse entre les ornières et les chevaux qui broutent le feuillage. Et c'est au bord d'un étang humide qu'elle sera possédé. 

Extrait :

Au moment où ils entrèrent dans la forêt, le soleil parut.
— Dieu nous protège ! dit Rodolphe.
— Vous croyez ? fit-elle.
— Avançons ! avançons ! reprit-il.
Il claqua de la langue. Les deux bêtes couraient.
De longues fougères, au bord du chemin, se prenaient dans l’étrier d’Emma. Rodolphe, tout en allant, se penchait et il les retirait à mesure. D’autres fois, pour écarter les branches, il passait près d’elle, et Emma sentait son genou lui frôler la jambe. Le ciel était devenu bleu. Les feuilles ne remuaient pas. Il y avait de grands espaces pleins de bruyères tout en fleurs ; et des nappes de violettes s’alternaient avec le fouillis des arbres, qui étaient gris, fauves ou dorés, selon la diversité des feuillages. Souvent on entendait, sous les buissons, glisser un petit battement d’ailes, ou bien le cri rauque et doux des corbeaux, qui s’envolaient dans les chênes.
Ils descendirent. Rodolphe attacha les chevaux. Elle allait devant, sur la mousse, entre les ornières.
Mais sa robe trop longue l’embarrassait, bien qu’elle la portât relevée par la queue, et Rodolphe, marchant derrière elle, contemplait entre ce drap noir et la bottine noire, la délicatesse de son bas blanc, qui lui semblait quelque chose de sa nudité.
Elle s’arrêta.
— Je suis fatiguée, dit-elle.
— Allons, essayez encore ! reprit-il. Du courage !
Puis, cent pas plus loin, elle s’arrêta de nouveau ; et, à travers son voile, qui de son chapeau d’homme descendait obliquement sur ses hanches, on distinguait son visage dans une transparence bleuâtre, comme si elle eût nagé sous des flots d’azur.
— Où allons-nous donc ?
Il ne répondit rien. Elle respirait d’une façon saccadée. Rodolphe jetait les yeux autour de lui et il se mordait la moustache.
Ils arrivèrent à un endroit plus large, où l’on avait abattu des baliveaux. Ils s’assirent sur un tronc d’arbre renversé, et Rodolphe se mit à lui parler de son amour. Il ne l’effraya point d’abord par des compliments. Il fut calme, sérieux, mélancolique.
Emma l’écoutait la tête basse, et tout en remuant, avec la pointe de son pied, des copeaux par terre.
Mais, à cette phrase :
— Est-ce que nos destinées maintenant ne sont pas communes.
— Eh non ! répondit-elle. Vous le savez bien. C’est impossible.
Elle se leva pour partir. Il la saisit au poignet. Elle s’arrêta. Puis, l’ayant considéré quelques minutes d’un œil amoureux et tout humide, elle dit vivement:
— Ah ! tenez, n’en parlons plus… Où sont les chevaux ? Retournons.
Il eut un geste de colère et d’ennui. Elle répéta :
— Où sont les chevaux ? où sont les chevaux ?
Alors, souriant d’un sourire étrange et la prunelle fixe, les dents serrées, il s’avança en écartant les bras. Elle se recula tremblante. Elle balbutiait :
— Oh ! vous me faites peur ! vous me faites mal ! Partons.
— Puisqu’il le faut, reprit-il en changeant de visage.
Et il redevint aussitôt respectueux, caressant, timide. Elle lui donna son bras. Ils s’en retournèrent. Il disait :
— Qu’aviez-vous donc ? Pourquoi ? Je n’ai pas compris ! Vous vous méprenez, sans doute ? Vous êtes dans mon âme comme une madone sur un piédestal, à une place haute, solide et immaculée. Mais j’ai besoin de vous pour vivre ! J’ai besoin de vos yeux, de votre voix, de votre pensée. Soyez mon amie, ma sœur, mon ange !
Et il allongeait son bras et lui en entourait la taille. Elle tâchait de se dégager mollement. Il la soutenait ainsi, en marchant.
Mais ils entendirent les deux chevaux qui broutaient le feuillage.
— Oh ! encore, dit Rodolphe. Ne partons pas ! Restez !
Il l’entraîna plus loin, autour d’un petit étang, où des lentilles d’eau faisaient une verdure sur les ondes. Des nénuphars flétris se tenaient immobiles entre les joncs. Au bruit de leurs pas dans l’herbe, des grenouilles sautaient pour se cacher.
— J’ai tort, j’ai tort, disait-elle. Je suis folle de vous entendre.
— Pourquoi ?… Emma ! Emma !
— Oh ! Rodolphe !… fit lentement la jeune femme en se penchant sur son épaule.
Le drap de sa robe s’accrochait au velours de l’habit. Elle renversa son cou blanc, qui se gonflait d’un soupir ; et, défaillante, tout en pleurs, avec un long frémissement et se cachant la figure, elle s’abandonna.
Les ombres du soir descendaient ; le soleil horizontal, passant entre les branches, lui éblouissait les yeux. Çà et là, tout autour d’elle, dans les feuilles ou par terre, des taches lumineuses tremblaient, comme si des colibris, en volant, eussent éparpillé leurs plumes. Le silence était partout ; quelque chose de doux semblait sortir des arbres ; elle sentait son cœur, dont les battements recommençaient, et le sang circuler dans sa chair comme un fleuve de lait. Alors, elle entendit tout au loin, au delà du bois, sur les autres collines, un cri vague et prolongé, une voix qui se traînait, et elle l’écoutait silencieusement, se mêlant comme une musique aux dernières vibrations de ses nerfs émus.


Rodolphe, le cigare aux dents, raccommodait avec son canif une des deux brides cassée.

jeudi 3 septembre 2015

Jugada sucia

En Espagne, malgré la disparition de l'Inquisition en 1820, le contrôle ecclésiastique de l'impression sera très stricte jusqu'à la Révolution de 1868 La Gloriosa et la Constitution de 1869 qui a soulagé les lois sur la presse et a permis une plus grande permissivité dans tous les sens. Dans cette atmosphère d'euphorie, Eusebi Planas était le plus grand illustrateur de romans de la Catalogne.

Traduction d'une belle étude de l’œuvre en langue catalane.

Et un nouveau lien vers le blog de JF Launay Eusebi Planas et le Noble art del billar o del tresillo

Le titre de l'article est un coup de billard qui illustre l'ouvrage El noble juego del billar  :

Jugada bruta, jugada sucia
Jeu brut, jeu sale.







mardi 1 septembre 2015

Cette chair est la seule issue

Le ciel entrouvre la forêt
pour éveiller la source qui dort
avec de la terre au coin des lèvres
dans un silence d'écorce et d'été.
 
Tu poses ta bouche sur elle
et la source garde la marque d'un baiser
qu'elle portera jusqu'à la mer,
là où le soleil organise son plus grand bal.
 
Tu te laisses toucher par le ciel
qui n'a jamais été si près d'un visage de femme,
si près de cette tendresse dont le jour a besoin
pour briller plus sourdement au-dessus des fronts.
 
Et le soir lorsqu'il se couchera,
je saurai que les derniers reflets
dont il fait fondre l'espace
viennent tout droits de tes yeux.

Lucien Becker
Passager de la terre

Nous sommes ici dans les deux thèmes essentiels pour Lucien Becker la terre et le corps. Seules vérités.


Elle n'a que sa peau pour faire l'amour de la même façon que le ciel n'a que l'eau où descendre pour devenir terre parmi les flaques.

Les mots d'amour n'ont pas plus de sens qu'une belle moisson qu'on va couper et les regards que chacun tire de sa nuit ne font pas durer le jour un moment de plus. (Rien à vivre)

Quelques vers (verres) encore :

Je dépense sans compter l’or de l’amour,
je goûte à ton corps comme à un verre
dont je n’ai pas le temps d’achever le contenu
parce que j’ai la main de la mort sur la gorge.




Elle n'a que sa peau pour faire l'amour
de la même façon que le ciel n'a que l'eau
où descendre pour devenir terre parmi les flaques.
Les mots d'amour n'ont pas plus de sens qu'une belle moisson qu'on va couper et les regards que chacun tire de sa nuit ne font pas durer le jour un moment de plus.
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Elle n'a que sa peau pour faire l'amour
de la même façon que le ciel n'a que l'eau
où descendre pour devenir terre parmi les flaques.
Les mots d'amour n'ont pas plus de sens qu'une belle moisson qu'on va couper et les regards que chacun tire de sa nuit ne font pas durer le jour un moment de plus.
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Elle n'a que sa peau pour faire l'amour
de la même façon que le ciel n'a que l'eau
où descendre pour devenir terre parmi les flaques.
Les mots d'amour n'ont pas plus de sens qu'une belle moisson qu'on va couper et les regards que chacun tire de sa nuit ne font pas durer le jour un moment de plus.
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Elle n'a que sa peau pour faire l'amour
de la même façon que le ciel n'a que l'eau
où descendre pour devenir terre parmi les flaques.
Les mots d'amour n'ont pas plus de sens qu'une belle moisson qu'on va couper et les regards que chacun tire de sa nuit ne font pas durer le jour un moment de plus.
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